La calligraphie au feutre pinceau, ces belles lettres pleines et déliées qu’on voit partout, m’a longtemps intimidée. J’achetais le feutre, je m’entraînais trois soirs, puis j’abandonnais : le geste au pinceau demande des heures avant de devenir régulier. Et puis j’ai découvert la fausse calligraphie (ou « faux lettering »), et tout a changé pour moi. Le principe est d’une honnêteté réjouissante : au lieu de faire l’effet d’un seul geste, on le dessine. Résultat identique, zéro frustration. C’est devenu ma technique de prédilection pour les titres de pages, les cartes et les étiquettes.
La fausse calligraphie, c’est quoi exactement ?
La vraie calligraphie moderne se fait au feutre pinceau : on appuie dans les descentes pour obtenir un trait épais, on relâche dans les montées pour un trait fin. La fausse calligraphie obtient le même contraste, mais avec n’importe quel stylo à pointe fixe : vous écrivez votre mot normalement, puis vous épaississez vous-même, à la main, les traits qui descendent. Personne ne verra la différence une fois le mot terminé, et vous, vous gardez le contrôle total du résultat.
C’est la porte d’entrée idéale vers le lettrage : elle vous apprend où se placent les pleins avant même de toucher à un pinceau. Si un jour vous voulez investir dans de vrais feutres, j’en parle dans mon guide des meilleurs stylos et marqueurs pour le lettering.
Le principe : des pleins et des déliés
Tout repose sur une seule idée. En écriture calligraphiée, les traits n’ont pas tous la même épaisseur :
- les déliés sont les traits qui montent : ils restent fins ;
- les pleins sont les traits qui descendent : ils sont épais.
C’est ce contraste, et lui seul, qui donne l’illusion de la calligraphie. Gravez-vous ça en tête : on n’épaissit jamais un trait qui monte.
Le matériel : trois fois rien
Pas besoin de me ruiner, c’est aussi ce qui m’a plu. Voici ce que je pose sur ma table :
- un crayon à papier et une gomme (pour le brouillon) ;
- un feutre fin à pointe ronde (type fineliner 0,3 à 0,5 mm) ou un stylo noir qui ne bave pas — on en trouve des assortiments pas chers ;
- du papier assez lisse : un papier qui boit l’encre fera baver vos pleins. Pour m’entraîner, j’aime le papier pointillé (dot grid), qui m’aide à garder l’alignement et une taille de lettres régulière.
Le carnet où je m'entraîne
En tant que Partenaire Amazon, Tout en Papier réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. Les prix et disponibilités sont affichés sur Amazon.

Lemome Carnet Pointillé A5 – Couverture Rigide, Papier Épais, Porte-Stylo
Voir sur AmazonCertains liens de cet article sont affiliés : si vous passez par eux pour acheter, je touche une petite commission, sans surcoût pour vous. Cela m’aide à faire vivre le blog.
Ma méthode en 3 étapes
Voilà exactement comment je procède, à chaque fois :
- J’écris mon mot en attaché, légèrement, au crayon. J’espace bien les lettres : il faut de la place pour épaissir ensuite.
- Je repère les traits qui descendent et, le long de chacun, je trace une deuxième ligne parallèle, à un ou deux millimètres de la première.
- Je remplis l’espace entre les deux lignes pour créer le plein, je repasse les déliés d’un seul trait fin, et je gomme le crayon une fois l’encre bien sèche.
Si vous préférez voir le geste en mouvement, cette petite démonstration résume parfaitement l’idée :
Où placer les pleins (la règle qui change tout)
La question que tout le monde se pose au début : « mais quels traits j’épaissis ? » La réponse est mécanique : uniquement ceux où votre main descend vers le bas de la ligne. Les montées, les liaisons entre les lettres, les boucles qui remontent : on les laisse fines.
L’erreur de débutante que j’ai faite, moi la première : épaissir au hasard, et avec une largeur différente à chaque trait. Le mot devient lourd et brouillon. Visez des pleins tous de la même épaisseur, bien parallèles — c’est ça qui fait un rendu « pro ».

Mes astuces pour un rendu net
- Écrivez grand au début : plus les lettres sont grandes, plus c’est facile d’épaissir proprement.
- Gardez une inclinaison constante : choisissez une écriture penchée (ou droite), mais ne changez pas en cours de mot.
- Laissez sécher avant de gommer, sinon vous étalez l’encre et c’est le drame.
- Entraînez-vous sur une ligne de base : le papier pointillé est votre meilleur ami pour aligner lettres et hauteurs.
- Un seul mot à la fois pour commencer : un joli titre vaut mieux qu’une phrase bâclée.
Où je l’utilise (et vous allez l’adopter aussi)
La fausse calligraphie est partout chez moi. Je m’en sers pour les titres de mois et d’en-têtes de mon bullet journal — j’ai réuni plein d’idées de pages dans mon article de 20 idées de pages et trackers, et si vous cherchez le bon support, j’ai comparé les carnets dans mon guide pour choisir un carnet de bullet journal (le papier pointillé y est roi). Je l’utilise aussi pour personnaliser mes cartes faites main, mes enveloppes et mes étiquettes de cadeaux. Et pour le matériel, la boutique range tout ça dans son rayon journaling & carnets.
Voici comment une créatrice l’intègre concrètement dans ses pages de bullet journal :
Et après ? Passer (ou pas) au feutre pinceau
Quand la fausse calligraphie n’a plus de secret pour vous, vous pouvez tenter le vrai feutre pinceau — mais rien ne vous y oblige ! Pour débuter au pinceau, deux valeurs sûres : le Tombow Fudenosuke (pointe souple, très indulgente) et le Pentel Fude Touch Brush Sign (pointe un peu plus ferme, trait plus régulier au départ). On trouve facilement des packs d’essai pour se faire la main. Mais franchement, pour un joli titre de page ou une carte d’anniversaire, la fausse calligraphie suffit amplement — et ça, c’est très libérateur.
Pour aller plus loin
Pour approfondir la technique, le guide (en anglais, mais très visuel) de Lettering Daily est une référence sur le sujet. Côté francophone, je vous recommande de suivre les démonstrations d’Hélène Rigal et de Julie Goudot, dont j’ai glissé les vidéos plus haut : on apprend beaucoup en les regardant faire.
Pour la photo d’ouverture et la feuille d’entraînement, je me suis appuyée sur les clichés partagés sur Wikimedia Commons (merci à leur auteur) ; les schémas de cet article, eux, je les ai dessinés pour vous.