Sélectionner une page

Il y a des carnets qu’on n’ose pas ouvrir de peur de les « salir ». Le junk journal, c’est tout l’inverse : un carnet fait maison, bricolé avec des papiers de récupération, où la seule règle est qu’il n’y en a pas. Dans mon atelier, c’est devenu mon petit laboratoire : j’y colle des tickets, de vieilles pages de livres, des chutes de jolis papiers, et je n’ai plus jamais peur de rater une page. Si vous débutez et que le mot vous intrigue, je vous explique tout : ce que c’est vraiment, le matériel (quasiment gratuit), comment fabriquer la base de votre carnet, et comment le remplir sans angoisse.

Un junk journal terminé, couverture vintage bleue et papiers anciens
Source : The Graphics Fairy

Le junk journal, c’est quoi exactement ?

Un junk journal (littéralement « journal de récup ») est un carnet artisanal assemblé à partir de papiers hétéroclites : pages de vieux livres, enveloppes, emballages, tickets de caisse, papier kraft, chutes de scrapbooking… On y mélange collage, écriture, poches et petits souvenirs. Le mot « junk » (déchet) dit bien l’esprit : on détourne ce qu’on aurait jeté pour en faire un bel objet, imparfait et vivant.

On me demande souvent la différence avec les autres carnets. Pour faire simple : le bullet journal est un système d’organisation (listes, trackers, agenda) ; le scrapbooking raconte généralement une histoire personnelle avec de belles pages harmonieuses ; le junk journal, lui, se fiche de la régularité. C’est plus libre, plus texturé, plus « brouillon assumé ». On peut y coller des choses qui n’ont aucun rapport avec soi, juste parce qu’on les trouve belles. Si vous aimez l’idée d’un carnet à thème plus cadré, jetez plutôt un œil à mon carnet de lecture ; mais pour lâcher prise, le junk journal est imbattable.

Le matériel : surtout de la récup (et trois-quatre essentiels)

La bonne nouvelle, c’est que vous avez déjà 90 % du matériel chez vous. Mon erreur de débutante a justement été d’acheter plein de jolies choses avant même d’avoir commencé : inutile. Commencez par fouiller vos tiroirs.

  • Des papiers de récup : pages de vieux livres abimés, enveloppes kraft, sachets en papier, partitions, cartes routières, emballages, tickets, pages de calendrier.
  • De quoi coller : un stick de colle de bonne tenue et une colle liquide pour les éléments lourds. (Pour éviter que tout gondole, j’en parle plus bas.)
  • De quoi couper et plier : des ciseaux, une règle, et idéalement un plioir à os pour des plis bien nets.
  • De quoi relier : une aiguille à gros chas et du fil solide (fil ciré, fil à broder, ficelle fine).
  • Pour décorer (optionnel) : washi tape, tampons, stickers vintage, encre à vieillir les bords.
Matériel de récupération pour junk journal : papiers, tickets et éphéméra
Source : Withmo

Si vous voulez démarrer avec un petit kit tout prêt plutôt que de chiner, voici ce que j’utilise et que je trouve vraiment utile quand on se lance : un lot d’éphéméra vintage pour ne pas partir d’une feuille blanche, un kit de reliure (aiguilles, fil ciré, plioir) et des stickers pour habiller les pages.

Certains liens de cet article sont affiliés : si vous passez par eux pour acheter, je touche une petite commission, sans surcoût pour vous. Cela m’aide à faire vivre le blog — et je ne recommande que ce que j’utilise vraiment.

Fabriquer la base de son junk journal

Vous pouvez tout à fait partir d’un carnet existant ou d’un vieux livre dont vous recouvrez les pages. Mais fabriquer sa base soi-même, c’est là que le plaisir commence — et c’est beaucoup plus simple qu’on ne l’imagine.

1. Plier les feuilles en petits cahiers (les « signatures »)

Rassemblez vos papiers, égalisez-les grossièrement au format voulu, puis pliez-les en deux. On regroupe ensuite 4 à 6 feuilles pliées l’une dans l’autre pour former un petit cahier : c’est ce qu’on appelle une signature. Prévoyez-en 4 ou 5 pour un carnet d’épaisseur confortable. Mon conseil : plusieurs cahiers fins s’ouvrent et se remplissent bien mieux qu’un seul gros cahier qui bâille.

Plier des feuilles en petits cahiers (signatures)On choisit des feuilles, on les plie en deux une a une, puis on en emboite quatre a six pour former un petit cahier appele signature.Des feuilles aux petits cahiersOn plie 4 a 6 feuilles en deux, puis on les emboite : ca s’appelle une signature.123Je choisis mes papiers(recup + un ou deux jolis).Je plie chaque feuilleen deux.J’emboite 4 a 6 feuilles= un cahier.Astuce : plusieurs cahiers fins s’ouvrent mieux qu’un seul gros cahier.
Schéma : Tout en Papier — quatre à six feuilles pliées en deux et emboitées forment une signature.

2. Relier les cahiers

Deux écoles, et les deux sont bonnes quand on débute. La couture, qui tient admirablement, et la version sans couture (élastiques, anneaux ou agrafes) si vous voulez un résultat immédiat. Pour coudre un cahier simple, le geste le plus facile est le point de pamphlet : trois trous dans le pli, et c’est joué.

Relier un cahier avec le point de pamphletTrois trous dans le pli du cahier ; on coud en partant du trou du milieu, on passe par le haut puis par le bas, et on noue autour du fil central.Le point de pamphlet (reliure 3 trous)La couture la plus simple : une aiguille, du fil, et trois trous dans le pli.ABCle pli du cahier1Je pique par le trou du milieu (B),en laissant ~10 cm de fil dedans.2Je ressors en haut (A), je longe le pliet je redescends tout en bas (C).3Je reviens au milieu (B), je noue autourdu grand brin, par-dessus la couture.Un point bien serre, un double noeud au dos, et on recoupe le fil.
Schéma : Tout en Papier — on part du trou du milieu, on passe par le haut puis le bas, et on noue autour du fil central.

Si la couture vous intimide encore, cette vidéo montre très bien une version sans couture, parfaite pour un premier essai avec du matériel de récupération :

Et si vous attrapez le virus de la reliure, je vous renvoie vers mon tuto de reliure japonaise (jolie et sans colle), et pourquoi pas vers mon atelier pour fabriquer votre propre papier recyclé — des pages faites main dans un junk journal, c’est un petit luxe.

Remplir les pages sans angoisse de la page blanche

C’est là que beaucoup bloquent. Rappelez-vous la règle d’or du junk journal : si ça se colle, ça a sa place. Voici mes points de départ préférés quand je ne sais pas par où commencer :

  • Des poches et des pochettes : collez une enveloppe ou pliez un rabat pour glisser tickets, photos et petits mots.
  • Des «tuck spots» : une simple languette de papier qui retient une carte ou un marque-page amovible.
  • Des tags et étiquettes : à soulever, à tirer, parfaits pour cacher une petite phrase.
  • Des fonds texturés : une page de dictionnaire, un bout de partition, du kraft froissé puis défroissé.
  • De l’écriture : une citation, la météo du jour, trois lignes sur votre humeur. On peut tout à fait emprunter des idées de pages au bullet journal.
Pages de junk journal décorées avec collages et papiers récupérés
Source : Craftalogue

Ne cherchez pas à « réussir » une page. Posez un fond, collez deux-trois éléments, ajoutez un bout de washi tape, et passez à la suivante. C’est l’accumulation, au fil des jours, qui rend un junk journal beau.

Mes conseils de démarrage (et l’erreur à éviter)

  • Vieillissez vos papiers : un passage rapide d’encre brune ou de café froid sur les bords, et vos papiers neufs prennent tout de suite un petit côté ancien.
  • Gérez la colle : l’erreur classique, c’est de trop en mettre — ça gondole. Une fine couche, un stick de qualité, et on presse le carnet sous un gros livre en séchant.
  • Laissez de la place au dos : un junk journal rempli épaissit énormément. Prévoyez une couverture un peu plus large que les pages, ou gardez les signatures fines.
  • Commencez petit : un format A6 ou A5, 4 cahiers, et on voit venir. Rien de pire qu’un gros carnet qui nous décourage.

Pour le carnet de base lui-même et les fournitures, j’ai regroupé mes chouchous dans la catégorie Journaling & carnets de la boutique, si vous voulez gagner du temps.

Pour aller plus loin

Si vous voulez continuer à vous inspirer, je vous conseille deux blogs francophones que j’aime bien : Amylee, qui explique joliment la différence entre junk journal et journal créatif, et Withmo, qui partage ses toutes premières pages de débutante (ça dédramatise !). Côté photos : la belle couverture tout en haut vient de The Graphics Fairy, la photo du matériel est empruntée à Withmo et celle des pages à Craftalogue, que je remercie. Les deux schémas, eux, je les ai dessinés pour vous.