Il y a des pliages qu’on n’oublie jamais. La cocotte en papier — vous l’appelez peut-être la salière, le pouet-pouet ou le coin-coin selon l’endroit où vous avez grandi — fait partie de ceux-là. Quand j’étais petite, on en pliait des dizaines au fond de la classe, on y cachait des gages et des prédictions, et on se les passait de main en main. Aujourd’hui, dans mon atelier, je la replie dès qu’un enfant traîne dans les parages : c’est le pliage idéal pour occuper dix minutes avec trois fois rien.
La bonne nouvelle, c’est que la cocotte se plie vraiment en quelques gestes, toujours les mêmes. Je vous donne ma méthode pas à pas, avec mes schémas maison pour que ça reste clair, puis je vous explique comment la décorer et toutes les façons d’y jouer.
Le matériel (vraiment minimaliste)
C’est l’un des atouts de ce pliage : il ne demande presque rien.
- Une feuille carrée. Du papier d’imprimante fait très bien l’affaire, mais une jolie feuille d’origami colorée rend la cocotte bien plus gaie — et comme elle est déjà carrée, vous gagnez une étape.
- Un feutre ou un stylo pour écrire les couleurs, les chiffres et les messages.
- Éventuellement des feutres de couleur ou des gommettes pour la décorer.
Pour la cocotte, j’aime un papier ni trop fin ni trop épais : le papier origami 80 g/m² est parfait, il marque bien les plis sans casser. Si vous hésitez sur le grammage, j’en parle en détail dans mon guide du papier à origami. Voici les deux références que je garde sous la main :
Le papier que j'utilise pour mes cocottes
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Comment plier une cocotte en papier, étape par étape
Le pliage tient en six gestes. Si c’est la première fois, allez-y doucement et marquez bien chaque pli avec l’ongle : c’est ce qui fait une cocotte nette qui s’ouvre et se ferme sans forcer.
- Partez d’un carré. Si vous utilisez du papier d’imprimante, transformez d’abord votre feuille A4 en carré (je vous montre trois méthodes pour un carré parfait dans un autre article). Avec du papier origami, c’est déjà fait.
- Marquez les deux diagonales. Pliez le carré en triangle dans un sens, dépliez, puis dans l’autre sens, et dépliez à nouveau. Vous obtenez une croix de plis bien centrée : elle vous servira de repère.
- Rabattez les quatre coins vers le centre. Amenez chaque pointe pile au milieu de la croix. Vous obtenez un carré plus petit, tout lisse.
- Retournez la feuille et recommencez. Face cachée vers vous, rabattez à nouveau les quatre coins vers le centre. Vous avez maintenant un carré encore plus petit, avec quatre volets.
- Assouplissez. Pliez ce carré en deux, dépliez, puis en deux dans l’autre sens. Ces plis-là ne servent à rien d’autre qu’à détendre le papier pour l’ouverture.
- Ouvrez la cocotte. Retournez-la : vous voyez quatre petites poches. Glissez un pouce et un index sous deux poches, les deux autres doigts sous les deux autres, et rapprochez tout en douceur. La cocotte prend son volume !
Si les mots « rabattre » et « vallée » vous parlent peu, un petit détour par mon guide des plis et bases de l’origami vous rendra tous les tutos plus faciles — celui-ci comme les autres.
Décorer la cocotte : où écrire quoi
Une fois la cocotte formée, place à la partie que les enfants préfèrent : l’habiller. Il y a trois zones à remplir, et c’est toujours les mêmes.
- Dessus (cocotte fermée) : les quatre volets extérieurs reçoivent chacun une couleur (ou un dessin). Rouge, bleu, jaune, vert : c’est le grand classique.
- Dedans : en ouvrant la cocotte à plat, vous voyez huit triangles. Écrivez-y les chiffres de 1 à 8.
- Sous les volets : soulevez chaque triangle numéroté et cachez dessous un petit message — une prédiction, un défi ou une blague.
Comment jouer à la cocotte : la règle classique
Le jeu se joue à deux : une personne « tient » la cocotte, l’autre répond. Voici la version avec laquelle j’ai grandi.
- Le joueur annonce une couleur parmi les quatre du dessus.
- Celui qui tient la cocotte l’ouvre et la ferme en épelant la couleur, une ouverture par lettre (B-L-E-U = quatre mouvements), en alternant le sens à chaque fois.
- La cocotte reste ouverte : le joueur choisit alors un chiffre visible à l’intérieur.
- On ouvre et ferme à nouveau, autant de fois que le chiffre annoncé.
- Le joueur choisit un dernier chiffre, on soulève le volet correspondant… et on lit à voix haute le message caché dessous !

C’est tout bête, et pourtant ça ne rate jamais son effet. Le petit suspense avant de soulever le dernier volet, c’est toute la magie de la cocotte.
Mes idées de messages à glisser dedans
Le contenu des huit volets, c’est ce qui fait une cocotte réussie. Selon l’âge et l’ambiance, je varie :
- Des défis rigolos : « imite un chat », « chante le refrain de ton choix », « saute cinq fois à cloche-pied ».
- Des prédictions : « tu vas passer une super journée », « une bonne surprise t’attend ».
- Des blagues ou des devinettes : une par volet, à lire à voix haute.
- Une version « révision » : des opérations (tables de multiplication, doubles) ou des mots à traduire en anglais. Les enfants révisent sans s’en rendre compte — c’est le genre de détournement malin que j’adore.
Mes astuces pour une cocotte qui marche bien
- Un vrai carré au départ. Si le carré est de travers, toute la cocotte le sera. Prenez deux minutes pour le préparer proprement.
- Des plis bien marqués. Repassez chaque pli avec l’ongle ou le dos d’une cuillère : la cocotte s’ouvre et se ferme alors toute seule.
- Ni trop fin, ni trop épais. Le papier cartonné résiste aux derniers plis et la cocotte se bloque. Restez sur une feuille souple.
- Écrivez avant d’ouvrir en volume tant que la cocotte est encore à plat : c’est bien plus facile.
Pour aller plus loin
Si vous avez attrapé le virus du pliage, enchaînez avec mes douze modèles d’origami animaux faciles ou avec la boîte en papier (masu), un autre grand classique sans colle ni ciseaux. Et pour vous équiper en papiers, j’ai rassemblé mes préférés dans la boutique, au rayon Origami & pliage.
Côté cocotte, deux blogs que j’aime bien complètent joliment le sujet : Du bocal à l’assiette, qui propose d’autres variantes de pliage, et Cabane à Idées, avec une fiche à télécharger pratique pour les plus jeunes. Petite transparence : les photos de cet article viennent de Wikimedia Commons (je cite leurs auteurs sous chaque image), mais les schémas, eux, je les ai dessinés pour vous.
Et si une démonstration en vidéo vous aide à visualiser les plis, celle-ci est claire et bien faite :