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La reliure japonaise, c’est la première technique de reliure que j’ai vraiment réussie du premier coup — et depuis, je ne m’en lasse pas. Quelques feuilles, une aiguille, un joli fil, et vous transformez une pile de papier en un carnet fait main dont vous serez fière. Pas de colle, pas de machine, pas de matériel hors de prix. Je vous montre tout, pas à pas.

La reliure japonaise, c’est quoi exactement ?

Son vrai nom, c’est le yotsume toji (la « reliure à quatre trous »). Le principe : on empile les pages et la couverture à plat, on perce une petite ligne de trous le long du bord gauche, puis on coud le tout avec un fil qui vient s’enrouler autour du dos. Le résultat, c’est ce joli motif de couture apparente sur la tranche — c’est justement lui qui fait tout le charme du carnet.

Ce que j’aime le plus ? On ne plie rien en cahier, on ne colle rien. La reliure est entièrement démontable : si un jour vous voulez ajouter des pages, il suffit de défaire le fil. Pour un premier projet de reliure, franchement, on ne fait pas plus accessible. C’est aussi une chouette activité de rentrée : relier soi-même un petit carnet de notes ou un répertoire, ça change des cahiers du commerce.

Le matériel dont vous avez besoin

Bonne nouvelle : vous avez probablement déjà l’essentiel chez vous.

  • Du papier pour l’intérieur : une quinzaine de feuilles suffisent pour un carnet fin. Du 80 g classique fait l’affaire, mais un 90-120 g tient mieux dans le temps.
  • Du papier cartonné (200 à 250 g) pour les deux couvertures : c’est lui qui donne de la tenue.
  • Une aiguille à gros chas et un fil solide (fil ciré, fil de lin, ou même un beau fil à broder).
  • Un poinçon ou une grosse aiguille (voire un clou fin) pour percer les trous, et un vieux magazine dessous pour protéger la table.
  • Une règle, un crayon, et deux pinces « double-clip » pour maintenir la pile bien alignée.
  • Un plioir (l’os à plier) pour marquer des plis nets sur la couverture — pas indispensable, mais quel confort.

Pour couper vos feuilles bien droites, un massicot change la vie : si vous hésitez sur le modèle, j’en parle en détail dans mon guide pour choisir un massicot. Et si vous partez de zéro, un kit de reliure regroupe d’un coup l’aiguille, le fil ciré, l’alêne et le plioir — voici ce que je garde à portée de main sur mon établi :

J’aime bien prévoir aussi un fil ciré coloré pour que la couture ressorte joliment sur la tranche. Certains liens de cet article sont affiliés : si vous passez par eux pour acheter, je touche une petite commission, sans surcoût pour vous. Ça m’aide à faire vivre le blog. Vous trouverez le reste du matériel papier dans ma sélection matériel & techniques.

Fabriquer son carnet pas à pas

1. Préparer les pages et la couverture

Commencez par découper toutes vos feuilles au même format — un A5 (14,8 × 21 cm) est parfait pour un premier carnet. Découpez ensuite deux couvertures dans le papier cartonné, exactement à la même taille. Empilez l’ensemble : couverture, pages, quatrième de couverture, en tapotant bien la pile sur la table pour que le bord gauche (le futur dos) soit parfaitement aligné. C’est l’étape qu’on bâcle et qu’on regrette : prenez trente secondes de plus ici, tout le reste sera plus facile.

2. Marquer et percer les quatre trous

Le plus simple, c’est de fabriquer un petit gabarit : sur une bande de papier, tracez une ligne à environ 1,5 cm du bord, puis marquez quatre points répartis régulièrement le long de cette ligne. Posez le gabarit sur votre pile, bloquez le tout avec les deux pinces, et vous êtes sûre que vos trous tomberont au bon endroit sur toutes les pages à la fois.

Gabarit de perçage d’une reliure japonaise à quatre trous Carnet A5 vu de face : les quatre trous sont alignés à 1,5 cm du dos, au milieu de chacun des quatre quarts de la hauteur, soit 2,6 puis 7,9 puis 13,1 puis 18,4 cm depuis le haut. Où percer les 4 trous — carnet A5 (14,8 × 21 cm) Divisez la hauteur en 4 parts égales, puis percez au milieu de chaque part. 1234 pincesdouble-clip 1,5 cm 2,6 cm 5,25 cm 5,25 cm 5,25 cm 2,6 cm Le dos (la tranche) est à gauche : c’est là que passera le fil. Percez bien perpendiculaire, par petits paquets de feuilles. Schéma Tout en Papier — cotes données pour une hauteur de 21 cm ; adaptez la règle à votre format.
Schéma : Tout en Papier — les cotes sont données pour un carnet A5.

Percez ensuite chaque point de part en part avec le poinçon. Allez-y doucement, bien perpendiculaire, en maintenant la pile : si vos feuilles sont nombreuses, percez-les par petits paquets, ça force moins. Vous devez obtenir quatre trous alignés, numérotés dans votre tête du 1 (en haut) au 4 (en bas).

Perçage des trous de reliure au poinçon, la pile maintenue par des pinces
Source : blog Éclat de Verre

3. La couture japonaise, expliquée simplement

C’est le moment qui impressionne, mais rassurez-vous : on répète toujours le même geste. Coupez une longueur de fil d’environ quatre fois la hauteur du carnet et enfilez votre aiguille. Voici comment je procède :

  1. Entrez l’aiguille par le trou 2, du dessous vers le dessus, en laissant dépasser une quinzaine de centimètres de fil à l’arrière (on le nouera à la fin).
  2. Faites le tour du dos : ramenez le fil par-dessus la tranche et repassez dans le trou 2. Le fil vient d’enfermer le dos : c’est le geste de base, vous allez le refaire à chaque trou.
  3. Descendez au trou 3, passez l’aiguille, puis contournez de nouveau le dos et repassez dans le trou 3.
  4. Continuez jusqu’au trou 4 (le plus bas). Là, contournez aussi le bord du bas du carnet pour bien le fermer, avant de revenir.
  5. Remontez maintenant vers le haut : trou 3, puis trou 2, puis trou 1, en enroulant le dos à chaque passage comme avant.
  6. Au trou 1 (tout en haut), contournez le dos et le bord du haut, puis redescendez jusqu’au trou 2, votre point de départ.

Si vous êtes du genre à mieux comprendre en voyant, voici le trajet complet que j’ai dessiné pour vous :

Trajet du fil de la reliure japonaise à quatre trous Le fil part du trou 2, fait le tour du dos à chaque trou, descend jusqu’au trou 4 en contournant le bord du bas, remonte jusqu’au trou 1 en contournant le bord du haut, puis redescend au trou 2 où il est noué. Le trajet du fil (reliure à 4 trous) Chaque trou reçoit le fil deux fois, et le fil fait le tour du dos à chaque passage. couverture 1234 1 2 3 5 4 6 Dans l’ordre 1. Entrez au trou 2, tour du dos. 2. Descendez au trou 3, tour du dos. 3. Puis au trou 4, tour du dos. 4. Contournez le bord du bas. 5. Remontez 3, 2, puis 1 (tour du dos à chaque trou). 6. Contournez le bord du haut. 7. Redescendez au trou 2 et nouez. fil visible devant fil passant au dos Schéma Tout en Papier — le motif est identique sur les deux faces du carnet.
Schéma : Tout en Papier — les chiffres cerclés donnent l’ordre des passages.

Le fil doit dessiner de petites barres bien régulières le long du dos, sans jamais se croiser n’importe comment. Si vous vous perdez, un conseil que je me répète encore : chaque trou reçoit le fil deux fois (une fois à l’aller, une fois au retour), et on enroule toujours le dos. Une petite vidéo vaut mieux qu’un long discours pour visualiser le mouvement :

4. Nouer et admirer

Vous voilà revenue au trou 2, là où pendouille votre fil de départ. Raménez les deux brins à l’intérieur du carnet (glissez l’aiguille sous la couverture) et faites un double nœud bien serré, contre le dos. Coupez en laissant deux ou trois millimètres. Et voilà — votre carnet est relié, la couture est apparente, et personne ne croira que vous l’avez fait vous-même.

Dos du carnet montrant la couture japonaise terminée au fil rose
Source : Léa Pilea

Mes astuces (et l’erreur de débutante à éviter)

Mon erreur des premiers essais ? Serrer le fil comme une brute à chaque passage. Résultat : le papier godait et la couverture se voilait. Tendez le fil fermement mais sans forcer, juste assez pour qu’il épouse le dos. Deux autres choses qui changent tout :

  • Un fil coloré sur une couverture claire (ou l’inverse) : c’est le contraste qui met la reliure en valeur.
  • Une couverture qui a du caractère : papier marbré, papier japonais, ou une chute de beau papier de scrapbooking. C’est elle qu’on voit en premier.

Et si vous voulez un dos encore plus net, marquez légèrement la zone de couture au plioir avant de percer. Dans le même esprit « papier bien habillé », ma méthode pour personnaliser ses fournitures se marie bien avec ce projet de rentrée.

Et maintenant, on le remplit !

Un carnet fait main, ça donne surtout envie d’écrire dedans. Selon votre humeur, il fera un carnet de notes tout simple, un carnet de croquis, ou la base d’un vrai projet créatif. Si vous cherchez quoi y mettre, jetez un œil à mon guide du journal de lecture pour garder la trace de vos lectures, à mes idées pour débuter un junk journal, ou aux bases du bullet journal si vous aimez organiser vos journées. Un carnet relié main pour l’un de ces usages, c’est déjà un petit plaisir quotidien.

Pour aller plus loin

Si vous voulez d’autres pas-à-pas en images, deux blogs français que j’aime bien : Léa Pilea, dont je trouve les photos très claires, et le blog d’Éclat de Verre, qui détaille un modèle avec sa pochette et chez qui j’ai emprunté la photo du perçage. Les deux schémas de cet article (le gabarit et le trajet du fil), eux, je les ai dessinés pour vous. De quoi vous donner plein d’idées de variantes.

Pour finir, voici un tuto vidéo complet qui reprend tout le projet du début à la fin — pratique pour se lancer en gardant l’écran à côté de soi :

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